L'antique Cosedia gauloise, dont le peuple était les Unelles, devint au IVe siècle une cité romaine importante sous Constance Chlore qui lui donna son nom de Coutances (Constantia).
C'est vers 430 que Saint Ereptiole, évangélisant le peuple païen local, aurait construit une église, sans doute en bois, de type basilical à une
seule nef, sur le lieu d'un temple gallo-romain (voir ci-contre le plan imaginé par l'abbé Pigeon).
Cette première basilique aurait été détruite par les Normands vers 866.
A la fin du 9e siècle, les incursions des « hommes du Nord », les Vikings, provoquèrent l’exil du siège épiscopal à Rouen. La restauration de la paix dans le cadre du duché favorisa le retour de l’évêque dans la cité et la construction d’une nouvelle église cathédrale au 11e siècle. Cet édifice de style roman fut principalement l’œuvre de l’évêque Geoffroy de Montbray, élu en 1048, avec l’aide financière des Tancrède de Hauteville, originaires du diocèse, établis en Italie du Sud d’où ils allaient fonder le royaume de Sicile. Une grande partie des structures de cette cathédrale romane, en granit de Chausey, a été conservée dans les murs et les tours de la nef.
Au début du XIIIe siècle, l’évêque Hugues de Morville entreprend le chantier gothique. La nef et les tours sont enveloppées d’une "chemise" de calcaire dans le nouveau style. La tour-lanterne, le transept et le chœur sont totalement reconstruits ; de hautes flèches viennent surmonter les tours de façade. L’élévation de la nef, à trois niveaux, s’articule avec celle du chœur, à deux niveaux, grâce à un jeu de lignes horizontales et verticales harmonieuses. Malgré les contraintes, l’architecte a conçu un chef-d’œuvre d’unité spatiale, baigné de lumière.
La cathédrale de Coutances est typique du gothique normand. L’accent est mis sur la verticalité, avec des colonnes filant sans interruption du sol jusqu’aux retombées des voûtes. Elle paraît
ainsi plus grande qu’elle n’est. Des coursières ménagent des passages devant les fenêtres hautes. Le décor sculpté reste très sobre, composé à base de figures géométriques et de motifs
feuillagés.
Les douze colonnes du chœur le séparent avec élégance du double déambulatoire à chapelles rayonnantes. A l’extérieur, les masses du chevet s’étagent parfaitement à l’assaut de la
tour-lanterne.
Les tours à la croisée sont typiques de l’architecture normande. Percées de baies laissant entrer la lumière, elles prennent le nom de « tours-lanternes ». Celle de Coutances est extraordinaire
pour son vertigineux surplomb au-dessus du vide : tout le poids est supporté par les quatre piliers de la croisée au moyen de quatre pendentifs qui assurent la transition du carré à
l’octogone.
À la fin du XIIIe et au début du XIVe siècle, des chapelles latérales furent ajoutées dans la nef. Séparées par des arcatures de pierre ajourées, elles accentuent la diffusion de la lumière dans
l’édifice.
Au XIVe siècle, on agrandit la chapelle d’axe en édifiant la Circata, dédiée au culte de la Vierge.
Au XVIe siècle, les Huguenots pillèrent la cathédrale, détruisant le mobilier et de nombreux vitraux. Au XVIIIe siècle, ce seront le jubé et les tombeaux du chœur qui disparaîtront, et sous la
Révolution les sculptures extérieures des Tancrède furent détruites.
La cathédrale a échappé aux bombardements de 1944 ; son très bel ensemble de verrières médiévales avait été déposé et peut toujours être admiré aujourd’hui.
